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13 janvier 2016

Un pied dans la tribu Katou

Janvier 2016

Peuple isolé et renfermé de croyance animiste et non bouddhiste comme la majorité des Laotiens, les Katou vivent en auto suffisance dans le village de Ban Kok Pung Tai, dans le plateau des Bolovens.
Ils parlent un dialecte particulier, ne s’habillent plus en costume traditionnel mais ont su conserver leurs us et coutumes.

selfie enfants katou - Yolo travel

Captain Hook, le seul habitant à parler anglais nous emmène à découvrir le village. Comme ses voisins Laotiens, il est tout petit, brun, la peau mate avec un regard très noir.
Il nous raconte les particularités de son ethnie :
Les Katou sont animistes. Pour eux, les êtres vivants, les objets et les éléments naturels ont une âme, ils croient également aux génies protecteurs. Tous vouent un culte à leurs ancêtres, il est indispensable de choyer leurs âmes, de les nourrir de manière à ce qu’ils puissent agir bénéfiquement sur le monde.
Enfreindre une tradition ou une règle de vie au sein du village, pourrait enrayer les bons rapports entretenus avec les esprits présents dans chaque élément de leur quotidien (l’eau, la nature, le village, leur maison). Dans ce cas, un malheur pourrait se manifester. Il faudra alors s’adresser au chaman, lui seul pourra rétablir un lien entre les humains et les esprits offensés.

maison Katou - Yolo travel
Pour nous, étrangers, la principale règle est de ne pas frapper à la porte des greniers à riz, cela ferait fuir les bons esprits chargés de protéger les réserves qui s’y trouvent (riz, fruits, légumes). Pour les Katou, ne pas suivre les règles imposées par leur tribu impose une punition, souvent des dons d’animaux (buffles, cochons, canards…), leurs plus grandes richesses.

maison traditionnelle Katou - Yolo travel

Le village composé de 719 habitants est régi par un chef, il y a aussi un chaman (intermédiaire entre l’humain et les esprits de la nature) et un guru (maître spirituel, il utilise la magie blanche et la magie noire).
Ils vivent entre autres des plantations de café de toutes sortes (arabica, robusta, liberica…) qui couvrent leurs terres.
Les enfants sont souvent nus et se promènent en ribambelle parmi les poules, les chiens, les vaches et les cochons, comme un peu partout au Laos !

enfants Katou - Yolo travel
Tous les habitants, du plus jeune au plus âgé, fument le tabac dans des pipes à eau en bambou, et ce dès 3 ans !

enfant fume la pipe - Yolo travel

Il vaut mieux être un homme qu’une femme au sein de la tribu !
Seules les femmes travaillent dès lors qu’elles sont mariées, quant aux hommes, ils restent à la maison, élèvent les enfants, fabriquent leurs propres outils et parfois construisent des maisons, à plusieurs.
Pour les femmes une journée de travail démarre à 2h du matin, elles cuisinent pour la famille avant de partir aux champs pour la journée et rentrent à la tombée de la nuit.

La tradition veut que les filles soient mariées aux alentours de 8 ans. Leur mari peut alors avoir n’importe quel âge, parfois 40 ans. L’homme choisit sa femme, en échange, il paie une dote à la famille.
Une femme ne peut avoir qu’un seul mari. Si celui-ci venait à mourir, on lui imposera un nouveau mari, de la famille du précédent. Elle ne peut jamais sortir de sa première famille de femme mariée.
Un homme quant à lui, peut avoir plusieurs femmes, selon sa richesse. Toutes vivent sous le même toit, ils ont en moyenne 4 à 5 enfants, cela peut-être plus. Dans une même maison il peut donc y avoir jusqu’à 70 personnes…

Les maisons en paille, bambou, ou bois forment un cercle autour de la grande place communale sur terre battue où se déroule la vie du village et les grandes cérémonies, nuptiales, funèbres ou autres.
Lors de ces cérémonies, il y a de nombreux rituels visant à conserver les bons esprits et chasser les mauvais. Souvent le sacrifice d’animaux, battus à mort…

maison traditionnelle katou - Yolo travel

L’une de leur tradition consiste aussi à confectionner leurs cercueils de leur vivant, stockés sous les greniers à riz. Il y a en souvent un ou deux, non pas destinés à une personne en particulier mais à celle qui mourra en premier. Selon la richesse de la famille, le cercueil peut être très simple ou orné de moulures. Les plus pauvres sont roulés dans un tissage en bambou.
Les défunts sont enterrés dans un cimetière séparé en trois parties, d’un côté les bons esprits, les personnes de mort naturelle, de l’autre les mauvais esprits pour les morts accidentelles. Et enfin, une autre pour les femmes mortes en donnant naissance. Pour elles, contrairement aux autres pour qui la cérémonie dure une journée, elles sont enterrées sur 3 jours et en position verticale. Le premier jour jusqu’aux genoux, le second jusqu’à la poitrine et le dernier entièrement.
Si la personne venait à mourir durant la récolte du riz, le corps est conservé plusieurs semaines dans la maison. Attendant la fin de la récolte pour être enterré et ne pas attirer les mauvais esprits.

Les femmes doivent accoucher dans la forêt et non dans le village sous peine d’en briser les règles. Il y a tout un cérémonial autour du feu, il y a les « bons » et les « mauvais bébés » mais à priori ils n’ont jamais eu de mauvais bébés ni même de bébés handicapés à la naissance. Sachant que dans leur croyance, la maladie influe l’harmonie avec les esprits, nous comprenons qu’il est certainement plus simple de faire en sorte de n’a pas avoir à affronter cette situation… Il n’est pas nécessaire d’imaginer la suite dans le cas négatif.

enfants katou - Yolo travel

Une rencontre qui bouleverse, nous sourions les premières minutes en apprenant que les hommes ne font rien alors que les femmes font le reste. Nous demandons à répéter quand nous croyons comprendre que les filles sont mariées à 8 ans, et la nausée monte quand on apprend que son mari à au moins 40 ans…
Captain Hook a une trentaine d’années (ils ne savent jamais vraiment quel âge ils ont, parlant en années lunaires, aussi ses parents ne savent ni lire, ni écrire), il a eu la chance ou non de sortir de son village, du Laos et de découvrir d’autres cultures. Il a parfaitement compris que les traditions ancestrales de son ethnie n’étaient pas universelles… Il a tenté d’en parler aux siens, il a été accusé de renier ses origines, a été puni et même mis à l’écart.
Son histoire nous tord encore le ventre, il vit dans un monde auquel il n’adhère plus, il ne peut rien changer sous peine d’être exclu davantage (il ne parle qu’à sa famille, ils sont 33 à vivre sous le même toit). Il peut s’enfuir mais en faisant le choix de ne plus jamais revenir et donc d’abandonner les siens…

Comments

  1. Dianette

    Très bel article ! Plein de bisous les copains!

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